« L’HOTEL RIQUET SUR LE CANAL DU MIDI (première partie) | Page d'accueil | LA MAISON DU COEUR DE VILLE »

21.03.2008

L’HOTEL RIQUET (deuxième partie)

Il y a quelques jours nous avions évoqué l’hôtel Riquet sur le canal du midi. Voici ici la seconde partie.
La justice du canal
En qualité de maîtres du canal, la famille Riquet-Caraman, descendants de Paul Riquet, étaient investis du pouvoir de rendre la justice, de condamner et d’édicter des règlements. Ils étaient en cela secondés par leurs juges et leurs gardes armés, dits « gardes à bandoulière ».
Il était par exemple interdit de pêcher dans le canal du midi, et une amende de 500 livres et la confiscation des filets attendait celui qui contrevenait à cette interdiction. De même, il était interdit de laver le linge en dehors des lavoirs prévus à cet effet. Les femmes qui passaient outre cette loi devaient payer une amende de 400 livres. Et malheur à celle qui se risquait de voler du linge, elle était exposée durant 3 jours au carcan avec un écriteau au cou, sur lequel était écrit « voleuse de linge ». Bien évidemment, du fait que de grandes quantités de marchandises circulaient sur le canal, des gardes assuraient la surveillance des quais et des hangars par crainte de vols. Et pour appliquer cette législation propre au canal, des salles dites de justice, et même des prisons étaient prévues dans les maisons de service. Ici, par exemple, le plan d’origine de l’hôtel Riquet indique bien l’emplacement de ces deux salles. Elles se trouvaient dans l’aile droite du bâtiment, exactement là où se situe le bureau d’accueil de VNF ( Voies Navigables de France) accessible par un petit escalier moderne. En cas d’arrestation, le fameux garde à bandoulière mettait en prison les auteurs des délits répréhensibles dans l’attente de la venue du juge, qui rendait la justice dans la salle du même nom.
C’est ainsi que de nos jours à Agde, VNF se retrouve dans la prison de l’hôtel Riquet !
Fêtes au Canal !
Il fallu 14 ans à Paul Riquet pour venir à bout de la construction du Canal Royal du Languedoc qui deviendra Canal du midi à la Révolution. En effet, les travaux entrepris en 1666 furent achevés en 1680. Mais dès 1675, on pouvait déjà naviguer sur une partie du canal. Et d’ailleurs, le 23 mai 1675 on mis le canal en eau, et on ouvrit la navigation de Béziers jusqu’à l’étang de Thau. Cette réception d’une partie des travaux fut l’occasion d’une grande fête qui se déroula à l’écluse ronde. Balthazar Jordan nous dit que cette réception s’est déroulée en présence des consuls d’Agde, de monsieur d’ Aguessau, intendant de la province, et de ….Paul Riquet lui même !Tous ont été fortement acclamés par les agathois qui s’étaient rendus massivement aux abords du canal assister à la première mise en œuvre de cette prouesse technique et architecturale que fut la construction du canal du midi.

Un siècle plus tard, en 1777, Monsieur, frère du Roi et futur Louis XVIII, décide de venir rendre visite au canal qui connaissait alors une activité florissante. La famille Caraman-Riquet propriétaires du canal, déploiera un faste impressionnant pour l’accueillir : à chacune de ses étapes, les maisons de service et auberges s’étaient mises sur leur 31. A Agde, l’Hôtel Riquet qui devait lui aussi recevoir la visite de son Altesse, avait été décoré d’arbres, de feuillages et de guirlandes fleuries lui conférant un air de fête.
Thomas Jefferson, touriste fluvial
Alors qu’il n’était encore que l’Ambassadeur des Etats Unis en France, celui qui deviendra le 3ème président des Etats Unis entreprend un voyage en Languedoc du 1er janvier au 6 août 1787. Thomas Jefferson, que les américains surnomment « le père de la déclaration d’indépendance » était alors en poste à Versailles (il avait succédé à Benjamin Franklin) d’où il suivait de loin les évènements politiques de son pays et notamment les débats sur la constitution américaine, annotant et commentant un projet de déclaration des droits présenté par La Fayette. Mais ce philosophe politique francophile était aussi féru d’inventions, d’œnologie et d’architecture et c’est sans doute ce qui le pousse à venir dans nos contrées, où il en profita pour observer aussi la situation économique et sociale de notre région. Et c’est ainsi qu’il se retrouva plaisancier sur une péniche naviguant sur le canal du midi du 13 au 21 mai 1787. Parti de Sète, il arrive à Agde le 13 mai. Voici un extrait des commentaires qu’il fit de notre ville dans ses notes de voyage :
« et voici Agde, port exportateur du blé languedocien, où débouche l’Hérault : six à huit mille habitants vivent sous la protection de la vieille cathédrale Saint Etienne élevée, selon la tradition, sur les ruines du temple de Diane d’Ephèse, première déesse tutélaire de la ville.
A Agde, noire cité, dont le caractère sombre est donné par la lave du volcan qui la domine, je suis rejoint par mon équipage. Pour la nuit je me réfugie dans une auberge, qui m’offre l’hospitalité d’une petite cellule où je puis écrire, lire, penser et dormir selon les mouvements de mon corps et de mon esprit. Le bonheur ne coûte vraiment pas cher ! ».
En homme curieux et excellent observateur, Jefferson se fit expliquer le système des écluses, et remarqua que les murs formant les cotés des écluses construites par Paul Riquet que l’on appelle des « bajoyers » étaient de forme arrondie, de façon à assurer, telle une voûte, une meilleure résistance à la poussée de la terre. Lorsqu’il sera président des Etats Unis, Jefferson appuiera l’idée de la construction d’un canal dans l’Etat de New York afin de relier l’Hudson au Lac Erié. Les travaux du Lac Erié débutèrent le 4 juillet 1817 et furent achevé le 26 octobre 1825. Long de 584 km, il relie les villes de Buffalo à Albany et permit d’accélérer le développement de la ville de New York. Et ses écluses, au nombre de 83 ressemblent comme deux gouttes d’eau … aux écluses de notre canal du Midi ! Comme quoi, les souvenirs de voyage ça peut toujours servir !
Le canal du Midi
L’homme du canal c’est Pierre Paul Riquet, baron de Bonrepos. Ce fermier général des gabelles sous le règne de Louis XIV va consacrer sa vie et sa fortune à la construction de cet ouvrage digne des 12 travaux d’Hercule.
C’est en 1666 que Louis XIV signe l’édit royal dans lequel il ordonne qu’il soit « incessamment procédé à la construction du canal de navigation et de communication des deux mers Océane et Méditerranée ».
Paul Riquet se met à l’ouvrage l’hiver suivant. La construction des 240 km de canal et des 328 ouvrages d’art va nécessiter 14 années durant lesquelles 12 000 « têtes » ( 1 homme équivaut à 1 tête, mais il faut 3 femmes pour faire 2 têtes !) transforment la plaine du Languedoc en véritable fourmilière. Le canal Royal du Languedoc qui deviendra canal du Midi après la Révolution est inauguré le 15 mai 1681, quelques mois seulement après la mort de Paul Riquet, qui ne verra donc pas l’achèvement de son œuvre.
Grâce au canal l’économie du Languedoc va se transformer profondément. Un important trafic commercial va se développer : céréales, huiles, tissus, fruits et poissons, produits exotiques, épices… Une seule barque peut contenir 1 000 quintaux, soit la quantité de marchandises jadis transportée par 200 mulets ! Parallèlement le transport des voyageurs se développe aussi. A la fin du 18ème siècle, 90 heures de navigation sont nécessaires pour aller de Toulouse à Sète. Agréable et pittoresque, ce moyen de transport attire de nombreux voyageurs : les barques sont tirées par des chevaux de halage, le paysage est ravissant, des haltes sont prévues dans les auberges près des écluses. On peut même assister à la célébration de la messe dans les chapelles prévues à cet effet ! C’est ainsi qu’en un siècle et demi 30 000 voyageurs par an emprunteront la barque de poste. Au milieu du 19ème siècle le trafic du canal atteint son apogée. Mais l’arrivée des moyens de transport modernes va sonner le glas du canal du Midi. A la fin du 19ème siècle il sera totalement supplanté par le chemin de fer.
Texte : Hélène PASCUAL
Sources : Le Canal Royal du Languedoc, ouvrage collectif (Michel Adgé, Philippe Delvit,
Jean-Loup Marfaing, Robert Marconis)
Histoire de la ville d’Agde, Balthazar Jordan
Sources personnelles
Remerciements au Capitaine Albert Abelanet
Copyright Office de Tourisme d’Agde centre février 2008. Crédit photo : service communication, droits réservés

Ecrire un commentaire