17.05.2008

La Fontaine de la République :

C’est une statue de bronze installée en 1995 grâce à une souscription publique. C’est la copie de la statue qui avait été installée la le 4 septembre 1909 (d’ou le nom de la rue). Elle fut enlevée en 1941 sur ordre du gouvernement pour être fondue. Autour de la Marianne, les petits amours symbolisent la devise de la République : liberté symbolisée par un enfant brisant ses chaînes, l’égalité par un enfant avec une balance et la fraternité par deux enfants qui s’embrassent.f2428359d23cfa562270bb02644483af.jpg

25.04.2008

Le domaine de Belle Isle et le Château Laurens

250d320d43d5c4a877eb03ff4deba138.jpgCe domaine appartenait au marquis de Belle Isle. Suite à la construction du canal du Midi, le domaine devint une Ile
Emmanuel Laurens (1873-1959) a 23 ans lorsqu’il hérite d’une grosse fortune d’un cousin éloigné (20 millions de francs). Il décide d’interrompre ses études de médecine et de partie à la découverte du monde. Il revint en 1987 ou il héritera de son père le domaine de Belle Isle. Il va faire construire en 3 ans (1898-1901) une étonnante villa style art nouveau qu’il décorera de diverses façons, suite à ses différents voyages dans le monde. Il se maria avec une cantatrice Louise blot pour laquelle il construira dans son château un salon de musique. Le couple recevait dans son château du beau monde, l’élite locale. Ils avaient leur propre gare au château et louait des trains entiers pour voyager. Il sera un mécène important pour la ville et aidera à la restauration des monuments. Usé par sa vie de débauche, il sera ruiné et mettra son château en viager en 1938. En 1942 , les Allemands occupèrent le château et en feront leur poste de commandement. Il mourra en 1959. Le style du château est néo classique à l’extérieur et art déco à l’intérieur. Il utilisa les techniques modernes de l’époque (béton armé). Il va puiser dans l’art nouveau pour sa décoration intérieure : beaucoup de motifs floraux, style asiatique.

texte et photo: copyright ot agde avril 2008

05.04.2008

LA MAISON DU COEUR DE VILLE

ef0652d746bc5701e5e8d9b3b10fca11.jpgCe mois-ci, evoquons un des monuments inévitables de notre centre historique : la maison Consulaire ou Maison du cœur de ville
Un hôtel particulier bien particulier
C’est à la visite d’un hôtel particulier bien particulier que nous vous convions ce mois ci. En effet, l’édifice sur lequel nous allons nous attarder n’était pas la propriété privée d’une riche et noble famille agathoise, mais la propriété commune d’un petit groupe d’agathois actifs, influents et détenteurs d’un certain pouvoir qui deviendra au fil des siècles pouvoir certain. Eh oui, tels étaient nos consuls durant l’Ancien Régime ! Et nous verrons à quels enjeux correspondaient l’édification d’un leur hôtel commun. Cet article vous dévoilera donc tout ou presque sur la Maison Consulaire.
Etre consul à Agde durant l’Ancien Régime
Qui étaient les consuls ? Ils apparaissent dans l’histoire locale dès le IXème siècle, et jusqu’au milieu du XVIème siècle, ils étaient désignés par l’évêque d’Agde qui en nommait directement 4, et en choisissait 4 autres sur une liste de 8 noms présentée par le conseil de la ville (instance dans laquelle siégeaient quelques notables agathois). Le conseil consulaire ainsi composé avait en charge l’administration de la ville et se réunissait sous la houlette de l’Evêque – Comte. En 1547, l’Evêque Gilles Bohier vend à la ville son droit de choix, lui permettant ainsi de choisir elle-même ses consuls. Cette décision fut remise en cause par l’Evêque Fulcrand de Barrès, qui fit casser par arrêt du parlement de Toulouse le 18 juin 1633 la vente faite par son prédécesseur. Ce qui, durant 20 ans, fut source de conflits et de procès successifs entre l’Evêque et le Conseil. C’était en effet au moment où le port de commerce commençait à atteindre son apogée, et où les membres du Conseil de la Ville, bien souvent porteurs de charges royales ou ayant des activités commerciales participaient activement à l’enrichissement de la ville. Ils souhaitaient que l’Evêque partage le pouvoir, afin qu’ils puissent participer aux organes décisionnaires de l’administration de la ville.
Sous les pressions du Conseil de la Ville, l’évêque François Fouquet* renonça définitivement à sa toute puissance, et fit rétablir le Conseil de la Ville dans ses droits le 27 octobre 1653 par arrêt du parlement de Toulouse. Mais les conflits ne s’arrêteront pas pour autant, car au fur et à mesure que la bourgeoisie va prendre de l’importance et que vont se répandre les idéaux de liberté et de justice portés par le siècle des lumières, le Conseil de la ville va remettre en cause le pouvoir épiscopal.
Les bourgeois prendront définitivement le pouvoir à la révolution française : dans la maison commune, le 19 août 1789, pour la première fois de leur histoire les consuls sont nommés sans consulter l’évêque, et sans prêter serment. Après quelques années de troubles, et après la dissolution de la Société Populaire, le 3 avril 1795, Embry Saladry devient le 1er maire d’Agde. Le conseil municipal se réuni désormais à l’Hôtel de ville.
De la Maison Consulaire à l’Ancienne Mairie
La Maison Consulaire est située aux limites de la cité, à l’angle de la rue Louis Bages et de la rue Jean Roger. La façade donnant sur la rue Jean Roger se trouve au niveau des anciens remparts qui séparaient la cité du bourg.
Cet édifice est le 3ème construit par les consuls : la 1ère maison consulaire fut édifiée au 14ème siècle près de la Porte de Fer*, et la seconde qui fut construite au 16ème siècle se trouvait à l’emplacement de l’actuel square Joseph Picheire. On peut imaginer qu’au fur à mesure que les consuls prendront de l’importance, les édifices successifs ont été de plus en plus importants. En effet, cette maison consulaire conséquente témoigne de la volonté de puissance des consuls. Et puis le choix de l’emplacement n’est pas un hasard. Nous sommes en effet à mi-chemin des 2 lieux de pouvoirs de la ville au 17ème siècle: la cathédrale, symbole de la toute puissance épiscopale, et le port de commerce, symbole de l’importance grandissante de la bourgeoisie. Rappelons nous que les consuls sont alors en plein conflit avec l’évêque pour le rétablissement de leurs droits. Nul doute que cette construction imposante, représentative du rôle que les consuls entendaient désormais jouer dans l’administration de la cité, ait fait partie des pressions exercées sur le pouvoir épiscopal.
Au fil des siècles et des bouleversements politiques, cet édifice sera dénommé : maison consulaire, maison commune ou hôtel de ville. En juin 1986, les services municipaux sont transférés à l’ancienne caserne Mirabel. Ce bâtiment est maintenant appelé Maison du cœur de ville. Mais pour les agathois il est plus connu sous le nom d’ancienne mairie.
Les étapes de la construction de la maison consulaire
C’est donc sur l’emplacement de plusieurs maisons démolies que les consuls posèrent la 1ère pierre le 26 janvier 1651. Dans son « Histoire d’Agde » le Docteur Joseph Picheire nous donne de nombreux détails concernant la construction de cet édifice. Nous apprenons ainsi que les plans furent réalisés par Jean Cavalier, contrôleur général des fortifications de la province du Languedoc. C’est Jean Boyer, entrepreneur agathois qui exécuta quant à lui les travaux. Le devis, dont le contrat fut rédigé par Maître Albaret (voir JM précédent), nous décrit en détail à quoi ressemblera le futur bâtiment. Le 24 février 1730 la cloche fut baptisée dans la salle du 1er étage, elle reçu le nom de Notre Dame du Grau, et fut placée sur la plate forme. L’horloge fut installée la même année.
En 1769 la maison consulaire fut agrandie de la maison Castan (située à droite de la porte d’entrée monumentale). Pour l’occasion on reconstruisit la muraille de cette maison en pierres de taille dont les assises furent réglées à celles de la maison consulaire. On en profita pour surélever l’édifice de combles, et pour refaire la couverture.
C’est l’architecte Cassar qui dirigea les travaux. Il réalisera également en mai 1875 le rehaussement de la tour, répara la cage de la cloche ainsi que le cadran de l’horloge.
En 1920, la maison Lagette (située au 4 de la rue de la halle) fut annexée à l’hôtel de ville.
On retrouve le style renaissance
Quand on est face à la maison consulaire on voit bien que le résultat de la construction est conforme au devis établi chez Maître Albaret. De même qu’on y retrouve les modifications réalisées au cours des XVIIIème et XXème siècle.
En effet, l’édifice entièrement construit en basalte possède trois façades et trois étages . L’ensemble du bâtiment est de style renaissance italienne : de la rue Jean Roger on peut remarquer les deux arcades plein cintre qui éclairent la halle qui servait aux foires et marchés, et sous laquelle se trouvaient des échoppes dont il subsiste encore les petites ouvertures. La règle de fer datée de l’An X de la Révolution (1802) qui est située à gauche de la porte d’entrée servait de mètre étalon aux commerçants. La porte monumentale taillée en bossage est surmontée d’un fronton dont les arcs brisés enserrent les armoiries d’Agde en basalte. Chaque étage est éclairé par un alignement de fenêtres à meneaux et surmontant le 3ème étage, la tour de l’horloge se termine par un entablement de pierre et une balustrade. La façade donnant sur la rue de la Halle présente les caractéristiques de ce que l’on appelle « l’ordonnancement blaisois », qui fut expérimenté pour la première fois en France au Château de Blois. En effet, les ouvertures sont alignées horizontalement comme verticalement, et l’on retrouve deux ouvertures à chacun des deux étages.
A l ‘intérieur un escalier monumental à volées droites dessert la grande salle du 1er étage où se réunissaient les consuls, actuelle salle des mariages.
La Grande salle des Consuls décorée par des Catalans
Le camp d’Agde avait été construit en février 1939 afin d’accueillir les républicains espagnols fuyant le régime franquiste. Parmi ces espagnols, qui étaient en majorité des catalans, se trouvaient des personnes qui ont souhaité mettre leur talent au service de la ville.
Un petit groupe d’artistes a réalisé les décorations de la salle de réunion des consuls, actuelle salle des mariages.Les peintures et les fresques ont été réalisées par le peintre Cadena, assisté des peintres Barba et Sola. Sur une grande fresque très allégorique de la fondation d’Agathé, les artistes ont représenté une superbe déesse, clin d’œil à « La naissance de Vénus » de Boticelli. Les lustres en bronze sont de Clavell, ferronnier d’art. Quant à la sculpture réalisée par Tarrac elle est tout à fait caractéristique du style de l’époque.
Une restauration réalisée par Jean-Michel Wilmotte
C’est le célèbre architecte Jean-Michel Wilmotte qui a réalisé la restauration de l’ancien hôtel de ville en 1989. Celui qui a aménagé entre autre les Champs Elysées à Paris, les Ramblas de Barcelone, et la ville de Nîmes est intervenu également sur le mobilier urbain et l’aménagement de la Belle Agathoise, ainsi que sur le Mail de Rochelongue.
C’est ici que Jean-Michel Wilmotte a mis en œuvre pour la 1ère fois son concept d’architecture intérieure des villes. Ici, l’édifice a été traité suivant un principe cher à l’architecte, celui de réversibilité de l’intervention contemporaine. Tous les nouveaux volumes ont été séparés de l’architecture existante par des verrières et des passerelles, qui symbolisent le trait d’union entre l’ancien et le contemporain, le « passage » d’un siècle à l’autre. Les restaurations doivent donc être visibles, et surtout ne pas se confondre avec la construction antérieure.
Ainsi restaurée, la Maison du Cœur de ville a été inaugurée le 16 juin 1993 par l’ancien président de la république François Miterrand.
Les origines grecques d’Agde gravées dans le basalte
La ville d’Agde fut fondée au 6ème siècle avant J.C. par les phocéens, grecs venus de Ionie, actuel port de Turquie.Sur la maison consulaire 2 éléments sont là pour nous le rappeler :
Les Lions ioniens
La frise située sur l’entablement de la porte monumentale (entrée de la rue Jean Roger) est décorée de 3 têtes de lions en basalte.
Or le lion était l’emblème de Milet, siège de la confédération ionienne qui était composée de 12 cités dont la cité de Phocée. Ces superbes sculptures n’ont certainement pas été réalisées au hasard d’une quelconque inspiration artistique. Nul doute que les consuls connaissant l’histoire de leur cité ont voulu montrer par ce choix qu’ils étaient les héritiers de la démocratie et des valeurs humanistes grecques, très en vogue à la période de la Renaissance. Tout le monde ne pouvait pas en dire autant… suivez le regard des consuls tourné vers les bâtiments de l’Evêché !
La plaque Agathé Tyché
Sur le pilier central de la halle se trouve une plaque en basalte sur laquelle on peut y voir 3 mots latins et un mot grec :
Fortunate Infortunate Agathé Tyché Advolato
Que l’on traduit par : Heureux ou Malheureux, accourrez sans retard vers la Bonne Fortune
(Agathé Tyché, qui signifie Bonne Fortune était le nom grec d’Agde)
D’après Balthazar Jordan, cette plaque proviendrait de la 1ère maison consulaire édifiée au 14ème siècle , mais l’auteur de l’ « Histoire de la ville d’Agde » pense qu’en raison de son graphisme, elle daterait du 9ème siècle.
Texte : Office de Tourisme Agde Copyright Office de Tourisme d’Agde centre mars 2008. Crédit photo : service communication, droits réservés
Sources :
Histoire de la Ville d’Agde, Balthazar Jordan
Histoire d’Agde, Dr Joseph Picheire
L’Eglise d’Agde, André Castaldo
Agde en Poche, Christian Camps
Sources et notes personnelles

21.03.2008

L’HOTEL RIQUET (deuxième partie)

Il y a quelques jours nous avions évoqué l’hôtel Riquet sur le canal du midi. Voici ici la seconde partie.
La justice du canal
En qualité de maîtres du canal, la famille Riquet-Caraman, descendants de Paul Riquet, étaient investis du pouvoir de rendre la justice, de condamner et d’édicter des règlements. Ils étaient en cela secondés par leurs juges et leurs gardes armés, dits « gardes à bandoulière ».
Il était par exemple interdit de pêcher dans le canal du midi, et une amende de 500 livres et la confiscation des filets attendait celui qui contrevenait à cette interdiction. De même, il était interdit de laver le linge en dehors des lavoirs prévus à cet effet. Les femmes qui passaient outre cette loi devaient payer une amende de 400 livres. Et malheur à celle qui se risquait de voler du linge, elle était exposée durant 3 jours au carcan avec un écriteau au cou, sur lequel était écrit « voleuse de linge ». Bien évidemment, du fait que de grandes quantités de marchandises circulaient sur le canal, des gardes assuraient la surveillance des quais et des hangars par crainte de vols. Et pour appliquer cette législation propre au canal, des salles dites de justice, et même des prisons étaient prévues dans les maisons de service. Ici, par exemple, le plan d’origine de l’hôtel Riquet indique bien l’emplacement de ces deux salles. Elles se trouvaient dans l’aile droite du bâtiment, exactement là où se situe le bureau d’accueil de VNF ( Voies Navigables de France) accessible par un petit escalier moderne. En cas d’arrestation, le fameux garde à bandoulière mettait en prison les auteurs des délits répréhensibles dans l’attente de la venue du juge, qui rendait la justice dans la salle du même nom.
C’est ainsi que de nos jours à Agde, VNF se retrouve dans la prison de l’hôtel Riquet !
Fêtes au Canal !
Il fallu 14 ans à Paul Riquet pour venir à bout de la construction du Canal Royal du Languedoc qui deviendra Canal du midi à la Révolution. En effet, les travaux entrepris en 1666 furent achevés en 1680. Mais dès 1675, on pouvait déjà naviguer sur une partie du canal. Et d’ailleurs, le 23 mai 1675 on mis le canal en eau, et on ouvrit la navigation de Béziers jusqu’à l’étang de Thau. Cette réception d’une partie des travaux fut l’occasion d’une grande fête qui se déroula à l’écluse ronde. Balthazar Jordan nous dit que cette réception s’est déroulée en présence des consuls d’Agde, de monsieur d’ Aguessau, intendant de la province, et de ….Paul Riquet lui même !Tous ont été fortement acclamés par les agathois qui s’étaient rendus massivement aux abords du canal assister à la première mise en œuvre de cette prouesse technique et architecturale que fut la construction du canal du midi.

Un siècle plus tard, en 1777, Monsieur, frère du Roi et futur Louis XVIII, décide de venir rendre visite au canal qui connaissait alors une activité florissante. La famille Caraman-Riquet propriétaires du canal, déploiera un faste impressionnant pour l’accueillir : à chacune de ses étapes, les maisons de service et auberges s’étaient mises sur leur 31. A Agde, l’Hôtel Riquet qui devait lui aussi recevoir la visite de son Altesse, avait été décoré d’arbres, de feuillages et de guirlandes fleuries lui conférant un air de fête.
Thomas Jefferson, touriste fluvial
Alors qu’il n’était encore que l’Ambassadeur des Etats Unis en France, celui qui deviendra le 3ème président des Etats Unis entreprend un voyage en Languedoc du 1er janvier au 6 août 1787. Thomas Jefferson, que les américains surnomment « le père de la déclaration d’indépendance » était alors en poste à Versailles (il avait succédé à Benjamin Franklin) d’où il suivait de loin les évènements politiques de son pays et notamment les débats sur la constitution américaine, annotant et commentant un projet de déclaration des droits présenté par La Fayette. Mais ce philosophe politique francophile était aussi féru d’inventions, d’œnologie et d’architecture et c’est sans doute ce qui le pousse à venir dans nos contrées, où il en profita pour observer aussi la situation économique et sociale de notre région. Et c’est ainsi qu’il se retrouva plaisancier sur une péniche naviguant sur le canal du midi du 13 au 21 mai 1787. Parti de Sète, il arrive à Agde le 13 mai. Voici un extrait des commentaires qu’il fit de notre ville dans ses notes de voyage :
« et voici Agde, port exportateur du blé languedocien, où débouche l’Hérault : six à huit mille habitants vivent sous la protection de la vieille cathédrale Saint Etienne élevée, selon la tradition, sur les ruines du temple de Diane d’Ephèse, première déesse tutélaire de la ville.
A Agde, noire cité, dont le caractère sombre est donné par la lave du volcan qui la domine, je suis rejoint par mon équipage. Pour la nuit je me réfugie dans une auberge, qui m’offre l’hospitalité d’une petite cellule où je puis écrire, lire, penser et dormir selon les mouvements de mon corps et de mon esprit. Le bonheur ne coûte vraiment pas cher ! ».
En homme curieux et excellent observateur, Jefferson se fit expliquer le système des écluses, et remarqua que les murs formant les cotés des écluses construites par Paul Riquet que l’on appelle des « bajoyers » étaient de forme arrondie, de façon à assurer, telle une voûte, une meilleure résistance à la poussée de la terre. Lorsqu’il sera président des Etats Unis, Jefferson appuiera l’idée de la construction d’un canal dans l’Etat de New York afin de relier l’Hudson au Lac Erié. Les travaux du Lac Erié débutèrent le 4 juillet 1817 et furent achevé le 26 octobre 1825. Long de 584 km, il relie les villes de Buffalo à Albany et permit d’accélérer le développement de la ville de New York. Et ses écluses, au nombre de 83 ressemblent comme deux gouttes d’eau … aux écluses de notre canal du Midi ! Comme quoi, les souvenirs de voyage ça peut toujours servir !
Le canal du Midi
L’homme du canal c’est Pierre Paul Riquet, baron de Bonrepos. Ce fermier général des gabelles sous le règne de Louis XIV va consacrer sa vie et sa fortune à la construction de cet ouvrage digne des 12 travaux d’Hercule.
C’est en 1666 que Louis XIV signe l’édit royal dans lequel il ordonne qu’il soit « incessamment procédé à la construction du canal de navigation et de communication des deux mers Océane et Méditerranée ».
Paul Riquet se met à l’ouvrage l’hiver suivant. La construction des 240 km de canal et des 328 ouvrages d’art va nécessiter 14 années durant lesquelles 12 000 « têtes » ( 1 homme équivaut à 1 tête, mais il faut 3 femmes pour faire 2 têtes !) transforment la plaine du Languedoc en véritable fourmilière. Le canal Royal du Languedoc qui deviendra canal du Midi après la Révolution est inauguré le 15 mai 1681, quelques mois seulement après la mort de Paul Riquet, qui ne verra donc pas l’achèvement de son œuvre.
Grâce au canal l’économie du Languedoc va se transformer profondément. Un important trafic commercial va se développer : céréales, huiles, tissus, fruits et poissons, produits exotiques, épices… Une seule barque peut contenir 1 000 quintaux, soit la quantité de marchandises jadis transportée par 200 mulets ! Parallèlement le transport des voyageurs se développe aussi. A la fin du 18ème siècle, 90 heures de navigation sont nécessaires pour aller de Toulouse à Sète. Agréable et pittoresque, ce moyen de transport attire de nombreux voyageurs : les barques sont tirées par des chevaux de halage, le paysage est ravissant, des haltes sont prévues dans les auberges près des écluses. On peut même assister à la célébration de la messe dans les chapelles prévues à cet effet ! C’est ainsi qu’en un siècle et demi 30 000 voyageurs par an emprunteront la barque de poste. Au milieu du 19ème siècle le trafic du canal atteint son apogée. Mais l’arrivée des moyens de transport modernes va sonner le glas du canal du Midi. A la fin du 19ème siècle il sera totalement supplanté par le chemin de fer.
Texte : Hélène PASCUAL
Sources : Le Canal Royal du Languedoc, ouvrage collectif (Michel Adgé, Philippe Delvit,
Jean-Loup Marfaing, Robert Marconis)
Histoire de la ville d’Agde, Balthazar Jordan
Sources personnelles
Remerciements au Capitaine Albert Abelanet
Copyright Office de Tourisme d’Agde centre février 2008. Crédit photo : service communication, droits réservés

14.02.2008

L’HOTEL RIQUET SUR LE CANAL DU MIDI (première partie)

Ce mois-ci partons à la découverte du canal du midi et se ses monuments sur Agde. Nous allons nous intéresser à l’Hôtel Riquet qui se situe prés de l’écluse ronde en direction de Bessan :
Il suffit de passer le pont….
Sitôt passé le pont sur l’Hérault, le canalet nous conduit jusqu’aux abords des rives du canal du midi, là où se trouve le port fluvial. Face à l’écluse ronde, sur la rive gauche en direction de Béziers, c’est là que se situe l’édifice à la découverte duquel nous vous convions ce mois ci.. L’hôtel Riquet, car c’est bien de lui qu’il s’agit, n’est pas à proprement parler un hôtel particulier et privé puisqu’il appartenait à l’administration du canal, mais nous verrons que sa conception et son architecture ressemblent en bien des points à celles des demeures agathoises qui nous sont maintenant familières.
Une maison de service
Utilisé pour le transport de marchandises, pour le courrier, mais aussi pour le transport des voyageurs, le Canal du midi inauguré en 1681, a été rapidement en plein essor. Il est apparu très vite la nécessité de doter le canal du midi de bâtiments facilitant son administration et sa gestion. C’est ainsi que fleurirent aux abords des écluses nombre d’édifices tels que magasins, entrepôts, hangars, mais aussi bureaux et logements pour le personnel, maisons d’éclusiers, auberges et … chapelles ! C’est dans ce contexte que s’inscrit l’Hôtel Riquet, construit en 1751. Cet édifice atteste d’un changement radical de perception des architectes et des ingénieurs ayant en charge l’édification de ce type de bâtiment. Jusque là en effet seul prévalait le parti pris de l’utilitaire et du fonctionnel. Avec l’hôtel Riquet on assiste à l’introduction d’un parti pris esthétique, où le détail architectural prend le pas sur l’utilité publique. Cette volonté d’embellissement des bâtiments nécessaires à la vie du canal commencée à Agde se poursuivra jusqu’au début du XIXème siècle. Destiné aux bureaux et aux logements d’employés tels que receveurs, contrôleurs de la recette, directeur de la division d’Agde, gardes magasins et officiers chargés de la police du canal, l’hôtel Riquet est donc bien ce que l’on nomme une « maison de service »
Le service était ici complet, puisqu’il servait également de relais de poste et même d’auberge, où les voyageurs pouvaient déjeuner.
Un air d’hôtel particulier
En observant l’hôtel Riquet, on voit bien que c’est l’élévation de sa façade principale qui lui confère le caractère d’un hôtel particulier. Et c’est là que l’on prend toute la mesure de la volonté des architectes d’apporter un soin nouveau à l’esthétique et à l’architecture.
La façade est composée de deux corps de bâtiments séparés par un avant corps central, terminé par une corniche en arc cintré. La symétrie et l’axialité de la façade est respectée par les ouvertures alignées en nombre identique sur deux niveaux de part et d’autre de l’avant corps. Les proportions des ouvertures du rez-de-chaussée et du 1er étage sont identiques et agrémentées d’une clé. Le dernier niveau quant à lui, est composé de quatre fenêtres « bastardes » qui se déploient symétriquement de chaque côté de la corniche.
C’est au niveau de l’avant corps que se trouve l’entrée du bâtiment. Elle est accessible par un perron en forme de fer à cheval, doté de chaque côté d’une volée de 7 marches arrondies.
Le 1er étage du corps de bâtiment central possède une ouverture agrémentée d’un balcon.
Escalier à volées droites et logements privatifs
Passé la porte d’entrée on arrive dans un large et vaste vestibule d’où prend naissance un escalier de style 18ème siècle doté d’une rampe et d’une main courante en fer forgé.
Cet escalier dessert un nombre important de pièces et de salles situées aux étages, ainsi que des minis-appartements privatifs avec salons a cheminée et cuisines, le tout attenant aux bureaux du personnel administratif à qui ils étaient destinés.
Ces lieux inoccupés depuis longtemps sont à l’abandon, mais l’on peut voir, pèle mêle et tel un inventaire à la Prévert : une cheminée de type languedocien, un évier en pierre de lave, un fourneau et des tomettes rouges typiques d’Agde, une cheminée avec un manteau décoré de vases et de cornes d’abondance. Il est évident que le soin apporté à l’esthétique et à l’architecture de cette demeure se retrouvait aussi dans la décoration et le confort intérieurs.
Entre cour et jardin
Au fond du vestibule d’entrée une porte permet d’accéder à la cour intérieure de l’hôtel Riquet. De la cour on peut voir que la façade arrière de l’édifice possède le même ordonnancement symétrique que la façade principale. Cette cour intérieure a été réduite et fermée en 1888, lorsque la concession du canal du midi a été transférée à la Compagnie des Chemins de Fer. En effet, à ce moment là le personnel administratif des chemins de fer était logé dans l’hôtel Riquet, et afin de faciliter l’accès entre leur domicile et leur lieu de travail, un petit escalier reliait la cour aux bâtiments de la gare d’Agde.
Sur la droite, prolongeant la cour intérieure, un vaste terrain rappelle les dimensions importantes de l’ancien jardin dont pouvait profiter l’administrateur général du canal du midi logé là. Cet endroit était même agrémenté d’une magnifique fontaine. Celle-ci, si elle ne fonctionne plus, est en excellent état. Réalisée entièrement en basalte, elle possède un bassin en forme de demi-lune, et sur la partie haute, elle est décorée d’un superbe masque à figure humaine qui servait de gargouille.
Des écuries…
L’hôtel Riquet était entouré d’un ensemble de bâtiments nécessaires au fonctionnement du canal du midi, mais aussi à l’accueil des voyageurs utilisant ce mode de transport.
C’est ainsi que l’on peut voir à gauche de l’édifice les anciennes écuries, aujourd’hui maisons d’habitation, et d’ailleurs, sur sa façade on trouve à intervalles réguliers des anneaux qui permettaient d’attacher les chevaux.
…et une chapelle
Un peu plus loin , en bordure de la route de Bessan se trouve l’ancienne chapelle construite en 1773, actuellement propriété privée. Un cartouche en basalte situé au dessus de la porte d’entrée porte mention de la date de construction. Dans « histoire de la ville d’Agde », Balthazar Jordan nous dit qu’un aumônier assurait ici les messes qui avaient lieu les dimanches et jours de fête. Cette pratique perdura jusqu’à la révolution.
A suivre ….
Texte : Hélène Pascual
Sources : Le Canal Royal du Languedoc, ouvrage collectif (Michel Adgé, Philippe Delvit,
Jean-Loup Marfaing, Robert Marconis)
Histoire de la ville d’Agde, Balthazar Jordan
Sources personnelles
Remerciements au Capitaine Albert Abelanet
Copyright Office de Tourisme d’Agde centre février 2008. Crédit photo : service communication, droits réservés